COMMENT J'EN SUIS ARRIVÉ LÀ
Eté 1986, à 15 ans le premier voyage aux USA. Run DMC sort Walk This Way et je rapporte One Step Beyond de Madness. New York, Marthas Vineyard et ses maisons en lattes de bois blanc. Un limule, un colibri.
Première année de pensionnat, suivie de plusieurs autres en Normandie, où le train du lundi matin m'emmène tout abruti découvrir les vergers presque noir et blanc, baignés de brumes lourdes dissimulant mal les créatures magiques de la nuit.
Depuis les cimes des arbres où se planque le solitaire seront prises les premières photographies couleur et noir et blanc à l'Olympus OMI et 50 mm f:1.8.
A Toulon où j'atterrirai pour étudier le design industriel, je ferai la rencontre d'un camarade très photographe et très jazz. Il me donnera les clefs du labo noir et blanc, de l'odeur des produits, des tirages roses parce que mal faits, des virages sépia.
Parti pour Toulouse en 1992 étudier le design graphique qui me correspond mieux, je fais du dessin abstrait et de la peinture. Je photographie placidement la ville rose de la fête étudiante. Le jazz débarque, les percussions et une basse.
Enfin le service militaire se profilant à l'horizon, j'opte pour un service long en outre-mer comme photographe, prépare un book fait de portraits de squelettes de jeune singe et de flamand rose au Museum d'Histoire Naturelle de Toulouse, de photos de nuit, de fleurs ...
Deux ans passés au Sénégal un peu comme simple grenadier-voltigeur, un peu comme secrétaire de l'adjudant d'unité, un peu comme immortalisateur de prises d'armes et autres visites de ministres, toujours photographe en dehors du boulot, bassiste, et surtout amoureux du pays.
Première rencontre miraculeuse : le Phare des Mamelles. Lorsque je vais chercher mes tirages, je reste cloué dans l'avenue Ponty, mes merveilles en 10x15 à la main.
Je n'y comprends rien, mais la surprise fait partie du jeu. Je réaliserai plusieurs autres séries, à la poursuite de la magie du Phare ...
Au retour, devenu directeur artistique dans une agence de pub, je passe devant le Mur pour la Paix érigé sur le Champs de Mars par Jean-Michel Wilmotte et Clara Halter.
Je dois réaliser un site internet sur le sujet. Il fait beau et je profite de l'occasion pour me faire ma série d'images pour ma future maquette. Clara Halter évoque l'idée un livre avec ces photos. Parti sur d'autres charettes, le soldat Voevodsky hélas ne répondra pas ...
J'acquiers enfin ce 60 mm macro f:2.8 qui m'offre de plonger dans les transparences, détailler, inventer, découvrir d'autres mondes faits de flous, de distinctions vagues … Un Balcon en Forêt est le résultat d'un peu d'ennui lors d'un baptême à la campagne, Venise, Cuba, Paris.
Je suis graphiste free-lance, l'agence a grossi trop vite pour moi, la lessive commence à me lasser. Quelques photos faites à la loupe en traitement croisé dans Paris.
Puis le Bénin, premier retour en terre Africaine après longtemps, les bouteilles d'essence vendue au marché noir sur le bord de la route, en traitement croisé.
La crasse et le gras sont beaux. Durant quelques mois, j'envoie un ”Qui Vive !” hebdomadaire à une quarantaine de lecteurs…
Une nouvelle année dans la pub et me voici libre.
Libre de comprendre que toutes ces images ne me disaient qu'une chose : fonce !
Le Comté sera ma première expérience de photographe professionnel. J'y testerai la pratique d'une photographie artistique, publicitaire et sociale.
Artistique parce que les sujets sont très beaux. Publicitaire parce qu'il s'agit de valoriser un savoir-faire, de donner envie. Sociale parce que ceux qui n'ont pas la chance de sortir de leur contexte souvent oppressant ne peuvent que se prendre d'admiration et de sympathie pour ces artisans qui d'une certaine manière nous disent que tout n'est pas toc, cher, éphémère…
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