GrégoireVoevodsky


Immobile à l'autre heure.
Celle, après le déjeuner, où personne ne part.
Immobile, laissant les herbes folles entre les rails surpasser le quai vide.
Immobile dans l'odeur tiède de poussière lourde, de graisse et de métal, la Gare de l'Est est une gare de province.
Cette province qui sait attendre dans le silence, sagement, quand chacun est livré à lui-même.
Ces minutes que j'ai bien tenté d'allonger ont été plus précieuses que bien d'autres à Paris.
Ces minutes où enfin l'on sait à la fois que quelque chose va arriver - le départ - et que, ponctuées par rien,
on laisse s'étirer en une seule longue courbe, approximative, sans calcul de ce qui reste et ne reste plus.
La liberté alors.
Plus d'angles, plus de boîtes, plus de risques de sortir de la boîte, de trébucher. Physique, cette liberté rend l'inspiration large, fière, entière, amoureuse.
Et je commence à croire qu'il existe des moments sans méfiance.



Paris-Lagny, 12 juillet 2005 13h30